Anti Saar. « Comment vont les choses chez nous »

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Si maintenant je prétendais savoir terriblement de choses sur les sorcières et sur les vampires et sur les fantômes et sur les zombies, ce ne serait pas tout à fait exact. Le fait est que chez nous, raconter des histoires d’horreur est une habitude assez récente. Pourquoi ne les racontait-on pas avant ? Je pense qu’avant nous ne savions pas que quelque chose d’horrible peut être en même temps amusant et qu’un cœur qui bat la chamade, des oreilles qui grondent et des jambes qui picotent, ce sont en fait des sensations géniales.

J’aimerais vraiment beaucoup savoir ton âge et ce que tu as déjà appris à redouter. Mais tant que je suis dans le noir, je garde pour moi les histoires les plus horrifiques. En revanche, je t’en raconterai une qu’a racontée un jour maman. Ce type d’histoires, on peut en inventer des différentes, mais dans un certain sens elles sont toujours pareilles.

Cette soirée-là, nous avons éteint la lumière au salon et nous avons allumé quelques bougies. À l’aide de deux ou trois pots de fleurs, nous avons obtenu sur les murs des ombres frémissantes assez impressionnantes. Et maman commença, d’une voix énigmatique, presque en chuchotant :

Dans une forêt noire, toute noire
Il y avait une maison noire, toute noire
Dans cette maison noire, toute noire
Il y avait une pièce noire, toute noire
Et dans cette pièce noire, toute noire
Il y avait une armoire noire, toute noire.
Et dans cette armoire noire toute noire
Il y avait un cercueil noir, tout noir.
Et dans ce cercueil noir, tout noir
il y avait un squelette !

Le mot « squelette », elle l’avait dit si soudainement et de manière si inattendue que j’en poussai même un cri ! Papa aussi, je crois. Pas Jonas, lui se contenta de rire de son petit rire coquin et insista :
« Maman, raconte encore cette histoire de squelette ! »

Traduit de l’estonien par Eva Toulouze